« Ses Cheveux dans mes Yeux » par Christophe Vermare

Depuis plusieurs semaines je me fixe l’objectif de vous proposer ma lecture du livre publié par Christophe Vermare, « Ses Cheveux dans mes Yeux ». Avec le temps qui file, je prends du retard et je serais désespéré si le vainqueur du Concours ne pouvait se pourlécher les babines en attendant de recevoir son trophée dédicacé ! Jouant de malchance, j’avais laissé mon exemplaire dans ma petite maison de campagne, et je ne pouvais donc pas vous en faire une lecture de mémoire ...

Il n’ y a pas besoin de dire toute la considération que j’ai pour cet auteur discret et talentueux. La profondeur de ses images, l’authenticité de son regard, la poésie de son approche, sont autant de garanties du sérieux de son travail. Mais je dois dire qu’au premier abord, le livre séduit. Sa couverture très épurée résume le titre. Anne trône sur toute la une et la quatrième, envahissant de sa chevelure brune tout le livre. Le titre en police manuscrite est discret, l’auteur s’efface. Ses cheveux sont dans ses yeux et ses yeux dans ses cheveux. Et si le regard reflète l’âme, alors Anne est la muse dont la chevelure est le symbole de la féminité. C’est elle qui envahit Christophe au point de le rappeler sans cesse à l’ordre pour rendre à la beauté son tribut sans lui faire perdre les pédales. Une ode à la féminité pour un modèle unique qui va au delà.

Tout le livre chante à merveille cette fusion passionnante où l’art photographique croise l’art d’être. Joute amoureuse et complice de deux amants dont l’un sait voir et l’autre montrer. Complicité à chaque page où les tirages de toute beauté, sur un papier de grande qualité, viennent raconter les étapes d’un quart de siècle où les premiers émois sont suivis des premiers enfants et pondérés de multiples voyages. Chaque photo porte un lieu mais aussi une approche construite. Chacun y prend sa part et les photos qui se déroulent, au fil des mots rares qui les accompagnent, sont comme des parcelles de vie volées au destin. On y sent des dominantes voulues: le caractère fusionnel avec l’élément liquide, et le plus souvent marin, la recherche passionnée des lignes courbes et dures qui s’entrechoquent, le souci de vivre en communion avec l’environnement, qu’il soit hostile ou accueillant. Parfois la complicité se fait oeuvre au point d’associer aux clichés les références savantes des grands anciens où la symbolique de l’enfantement: la femme devient Mère, puis mer, se fond dans son élément, et accouche à chaque instant de cette nature qui l’enserre, la découvre et la fait briller. Le livre est un oscillement permanent du naturisme au naturalisme, de la fusion du corps avec le minéral ou le marin, le végétal et l’aquatique, dans lequel Anne trouve sa place comme un point cristallisant le regard de Christophe. Cette intimité simple et sans textile nous fait du bien !

Car le lecteur est invité dans ce mouvement de métronome à plonger dans une complicité belle et sans arrière pensée. Le nu est parfait quand il n’invite qu’au beau. Et tous les regards qui se promènent de page en page ne croisent que de l’élégance et de la vertu. Les cadres choisis sont souvent à couper le souffle. Les images, toutes en noir et blanc, sauf un point coloré à la toute fin du livre, sont souvent d’un épurement quasi religieux invitant le lecteur à élever son regard pour partager un sentiment amoureux qui n’est pas Anne mais qui est toute la symbolique féminine qu’elle incarne à la perfection. Parfois Christophe lui « coupe la tête » pour rester dans son sujet: Voir Elle mais pas Anne … Pour cela il utilise des optiques à focale fixe afin de se rapproche de son sujet. Quelques cadrages serrés permettent de sentir la peau, d’humer ses senteurs et presque d’en goûter le fruit … On peut imaginer, y compris dans quelques mises en scène un rien plus érotiques, que les séances ont dû parfois ajouter du piment au piquant de la vie … J’avoue avoir souri aux essais SM ou à la mise en scène asiatique « hara-kirisante » …

 

Je mes sens très proche de ce genre de livre. Et pas seulement car il est beau et bien réalisé. Il donne du sens à ceux qui font des images en montrant un chemin, un style, une signature. Il donne au photographe finalement la leçon essentielle de l’alignement des valeurs jusqu’à l’œil, et de l’authenticité du tout. Il forme le regard à voir au delà en construisant l’intelligence autour du cadre photographique. Le déclenchement n’intervient que pour terminer une oeuvre depuis longtemps accomplie. J’ai un peu aussi maintenant ses cheveux dans mes yeux.

Pour vous procurer le livre, et même le précédent, vous pouvez suivre ce lien
Pour une prévisualisation … C’est ici !

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